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Notre société de consommation nous mange la laine sur le dos

by Intern Two
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Par David Coon

Le Jour de la Terre, dans sa version originale aux États-Unis, était un appel à l’action politique. Des citoyens en grand nombre ont organisé des événements pour faire pression sur leurs dirigeants politiques afin qu’ils créent des lois pour réduire la pollution et mettre fin à l’extinction des espèces. Au Canada, le premier Jour de la Terre a été marqué discrètement par des personnes faisant leur devoir civique en ramassant des déchets. 

Le nettoyage des déchets se poursuit encore aujourd’hui parce qu’il procure un sentiment d’accomplissement, qui se mesure au nombre de sacs à ordures remplis et à l’aspect propre du bord de la route ou du rivage que vous avez traversés. Je connais bien le sentiment de satisfaction que procure le fait de contribuer à l’embellissement de sa communauté. Cependant, cela ne contribue en rien à réduire notre empreinte sur la Terre.

Des décisions comme celle de posséder moins de véhicules, de les conduire moins, d’acheter moins de vêtements et de manger des aliments locaux produits biologiquement réduisent en fait le fardeau que nous imposons à la Terre.   Pour être efficace, il faut que ce soit un projet collectif. C’est là que les politiques de soutien et la législation sont importantes. L’assurance de transition pour les agriculteurs qui veulent sortir leurs champs du tapis roulant des épandages chimiques et se lancer dans la production biologique en est un exemple.   Un autre exemple serait la législation sur le droit à la réparation qui garantit que les biens de consommation mis en vente peuvent être réparés lorsqu’ils se brisent.

Nos bâtiments, nos véhicules, nos produits alimentaires, nos vêtements, nos appareils électroménagers et électroniques sont en grande partie fabriqués à partir de matières premières extraites de la nature. Elles sont assemblées ou transformées en biens ou matériaux dans des usines alimentées par des énergies non renouvelables, qui ne sont ni propres ni exemptes de déchets. Ces matériaux sont ensuite transportés dans des bateaux, des trains, des camions et des avions fonctionnant avec des combustibles fossiles. Plus nous consommons, plus nos choix se répercutent sur la chaîne d’approvisionnement, aggravant la crise climatique et stressant davantage le nombre croissant d’espèces sur le point de disparaître.

En réduisant collectivement notre consommation de biens et de matériaux, nous aurons une meilleure chance de transmettre un monde habitable à nos enfants et petits-enfants. Cela nécessite deux choses : un changement dans notre culture de consommation, et un changement dans nos objectifs économiques.

Il ne sera pas facile de modifier les habitudes de consommation. Nous vivons dans une société de consommation, où notre identité est liée au type de maison que nous habitons, à ce que nous conduisons, à ce que nous portons et à ce que nous mangeons. Cette culture est alimentée par un marché publicitaire de plusieurs milliards de dollars qui nous assure que notre consommation est le chemin de la gloire. La directive première est de consommer davantage, car si nous ne le faisons pas, la joie sera hors de notre portée, notre réputation sera en lambeaux et l’économie en souffrira.

Et puis il y a cette vérité gênante que nous vivons sur une planète limitée. Il n’y a qu’un espace limité pour contenir nos déchets et la capacité de régénération des ressources naturelles a des limites. Il y a des limites à la quantité de nos effluents que la Terre peut absorber. Il y a des limites à la quantité de poissons que nous pouvons pêcher dans la mer. Il existe des limites à la croissance de la consommation d’énergie et de ressources matérielles.

Tous les ramasseurs de déchets du monde n’ont aucune chance face au volume considérable de plastiques qui se retrouvent désormais dans notre corps et dans celui des espèces marines.

La capacité de la Terre à absorber les déchets issus de la combustion de toujours plus de combustibles fossiles est épuisée depuis longtemps. Comme nous le savons, l’excédent croissant de méthane et de dioxyde de carbone dans notre atmosphère déstabilise notre climat et acidifie nos océans. 

La capacité de l’environnement naturel à absorber les déchets nutritifs toujours plus nombreux provenant des engrais, des eaux usées et des détergents a été dépassée. Les zones mortes dans nos estuaires et nos océans, ainsi que la prolifération d’algues bleues dans nos lacs et nos rivières en témoignent.

Les espèces sauvages disparaissent maintenant à un rythme effrayant, car leurs habitats continuent d’être dégradés ou usurpés. La toile de la vie, dans laquelle nous sommes intégrés, se défait à un rythme effréné. Cela ne se terminera pas bien, à moins que nous ne puissions l’arrêter.

Heureusement, une évolution de la pensée économique est en cours, qui considère la stabilité, la sécurité et le bien-être comme des objectifs essentiels à atteindre pour notre économie, plutôt qu’une croissance aveugle. Ce sont les nouveaux fondements de la prospérité et de la durabilité que nous devons atteindre de toute urgence. Avec l’adoption généralisée de l’économie écologique, les déchets seront relégués dans les poubelles de l’histoire et le ramassage des ordures appartiendra au passé.

David Coon est le chef du Parti vert du Nouveau-Brunswick et le député de Fredericton-Sud.